L'identification

De plus en plus souvent dans la littérature de développement personnel nous trouvons le terme « se désidentifier », ou encore le principe d’identification. Car s’il faut se désidentifier, c’est alors que nous sommes identifiés. Mais que signifie ces deux termes ?

L’identification

Imaginons, je croise un animal dangereux, la peur m’envahit. A cet instant précis, plus rien d’autre n’existe que ma peur, tout mon être, toute ma personnalité est enfermée, absorbée par ma peur. Imaginons encore, je vis un deuil, je suis triste, et me voilà entièrement dévouée à ma tristesse…Aucune autre réalité ne coexiste !  Voilà ce qu’est l’identification à une émotion.

Autre exemple, mon cerveau est en ébullition, je passe d’une idée à l’autre dans une effervescence mentale, ou au contraire mes idées tournent en boucle, impossible de cesser cette rumination mentale…je suis alors dans l’identification à mon mental.

On peut ainsi s’identifier à un contenu émotionnel, à un fonctionnement mental. Je deviens cette émotion, ce fonctionnement. Je peux aussi être identifié à un aspect corporel, au travers de sensations corporelles, une forte douleur par exemple. Et enfin nous sommes souvent identifiés à nos croyances, à notre vision du monde, par exemple « je ne suis pas capable de… » ou encore « le monde est malveillant »… Ce sont aussi des identifications.

Cela signifie que nous sommes souvent identifiés au contenu de notre mental, de nos émotions, de notre corps.

Je deviens ce que je vis, cela veut dire que toute ma réalité est colorée par cette expérience présente. Dans l’exemple précédent, lorsque mon mental est en ébullition, cet état émotionnel va se propager à d’autres aspects de mon être, je sens mon corps sur le qui-vive, dans la précipitation gestuelle, je ressens aussi au niveau émotionnel de l’impatience, de la précipitation… 

Cette identification m’enferme et me limite. M’enferme car je ne peux pas dans ces instants-là contacter une autre réalité, il est difficile de sortir de cet état envahissant. Limitant, car notre vie est constituée de bien plus d’expériences que cela mais que soudainement nous sommes comme saisies d’amnésie ! Si pleinement dans le moment présent, dans l’émotion ou le vécu présent, que je ne vois plus le temps passé, que je suis sourd à d’autres sensations, à d’autres émotions…et le temps se déroule en restant bloqué, figé sur l’expérience précédente.

La désidentification

La désidentification va alors permettre de sortir de cet état d’identification, de renouer avec le moment présent, de recontacter d’autres issues, d’autres possibles. Elle permet de nous remettre en mouvement là où auparavant nous étions dans la fixité.


Se désidentifier, c’est rejoindre ce que l’on retrouve sous une appellation différente : le lâcher prise. Et l’identification serait alors le « tenir bon ». Il est parfois nécessaire de tenir bon, il est aussi nécessaire de prendre conscience de l’effort fourni pour tenir bon : sommes-nous aggrippés, crispés à ce que nous ne pouvons pas lâcher ? sommes-nous en train d’escalader une falaise en toute conscience et dans notre libre choix ?  enfin nous devons parfois lâcher ce qui n’est plus utile et qui se révèle couteux inutilement en énergie.

Ce processus de désidentification repose sur le constat que nous sommes davantage que nos pensées, nos émotions, nos sensations corporelles. Nous sommes tout cela à la fois, et plus encore, nous sommes aussi nos valeurs, nos croyances, notre vision de nous-même, et de la vie. Finalement nous sommes la conscience de tout ce qui nous traverse à tout moment, nous sommes un contenant, une entité capable d’accueillir tout ce qui nous traverse, tout ce que nous vivons. Nous sommes aussi difficilement limitables, définissables, car nous serons toujours davantage que ce que nous pourrons définir de nous.

Le processus de désidentification se réalise grâce à l’observation, empathique et bienveillante, de ce qui nous traverse, dans la conscience que nous « contenons » ce vécu mais que nous ne sommes pas réduits à lui.

Ce processus est la plupart du temps inconscient, naturel, opérant spontanément, mais parfois face à certaines identifications plus fortes, plus envahissantes, nous pouvons soutenir, guider ce processus.
 

La première étape de ce processus est la prise de conscience de ce à quoi nous sommes identifiés. Puis dans un second temps, l’observation du processus à l’œuvre et enfin l’accueil bienveillant de nos émotions, de nos sensations corporelles, de tout ce qui nous habite, nous aide dans ce chemin de la conscience de qui nous sommes. Le jugement, l’analyse, la critique, vont renforcer au contraire la cristallisation, la fixation de nos identifications.

En psychosynthèse  la désidentification est un concept clé, et une expérience régulièrement renouvelée au travers notamment des méditations de pleine conscience. Le travail de psychothérapie s’appuie clairement sur ce processus.

Cela nous permet de retrouver la paix, la tranquillité, l’espoir, la liberté d’être. Nous sommes souvent identifiés à nos souffrances, de quelque ordre qu’elles soient…S’en libérer, c’est pouvoir accéder au bien-être, à l’apaisement malgré les difficultés de la vie. C’est accéder à la totalité de notre être, illimité.